Le Granier et Notre Dame de Myans

Le plus ancien texte évoquant le sanctuaire de Myans est le cartulaire (recueil d’actes) de l’évêque de Grenoble, Saint Hugues, (1053-1132). Durant son pontificat Saint Bruno aidé de six moines fonde, dans son diocèse, la Grande Chartreuse. Saint Hugues s'y rend souvent  pour vivre avec les Chartreux.

Site de l'ordre des Chartreux :
 http://www.chartreux.org
Site du Musée de la Grande Chartreuse :
 http://www.musee-grande-chartreuse.fr
 



 A l’époque, la chapelle de Myans abrite un petit objet de dévotion : une Vierge noire.

Les Vierges noires sont des effigies de la Vierge Marie qui appartiennent à l’iconographie du Moyen-âge européen. Elles tirent  leur nom de leur couleur sombre, souvent limitée au visage et aux mains.  La plupart d'entre elles sont des sculptures produites entre le XIe et le  XVe siècle. Bien que  des musées en conservent, la plupart des Vierges noires sont placées dans des églises et certaines suscitent des pèlerinages importants [...] Source Wikepédia
 
24 novembre 1248.

 
"Peu d'heures avant la catastrophe, les moines du Prieuré d'Aspremont, au pied du Granier, avaient été chassés de chez eux par le Sire Bonnivar, seigneur de l'endroit, Ne sachant où aller, les pauvres religieux prirent le chemin de Myans et se réfugièrent dans la chapelle (…) Sur les 8 heure,... le temps était serein, calme et la lune bien claire, en un instant...  par le ministère des diables furent causés grêle, tempêtes et tremblements de terre si étranges que le sommet du rocher de la dite montagne tomba en de prodigieux quartiers... et s'épancha... jusqu'aux talons des pauvres religieux qui étaient en dévotion devant l'image de la Vierge, où le dit abîme s'arrêta tout court sans pouvoir passer plus outre et sans faire de mal aux dits religieux ; lesquels entendaient les derniers démons qui criaient aux premiers : «Passons outre, passons outre ! » ; auxquels ceux-ci répondaient : « nous ne pouvons, car la Brune, c'est-à-dire la noire, nous empêche ! .»
Jacques Fodéré (1540 ?-1625 ?) Capucin qui vécut quelques temps à Myans
Extrait de : Narration historique et topographique des couvents de l’ordre de Saint François, 1619.


Autres témoignages

  • Etienne de Bourbon, moine dominicain. Entre 1250 et 1261, ses écrits voyaient dans la chûte du Granier, un châtiment divin pour punir la conduite de Jacques Bonivard. C'est par lui que naquît la légende.
  • Fra Salimbene, franciscain, vers 1282-1283 relate la catastrophe (disparation de sept paroisses et de 4 000 hommes) en se référant à la Bible et aux paroles de Job : "Une montagne finit par s'écrouler, un rocher par changer de place, l'eau par user les pierres, l'averse par emporter les pierres".
  • Matthieu Paris, moine bénédictin anglais (1200-1259). Il considère qu'il s'agit d'une punition divine et rejette la faute sur les savoyards, les accusant de trois péchés : ce sont des usuriers hypocrites, ils pratiquent le trafic de biens spirituels et ils abusent les voyageurs de passage. Son jugement est sans doute influencé par la haine qu'il porte aux Savoyards, suite aux épousailles en 1236 du roi Henri III Plantagenêt avec Eléonore de Provence, petite-fille du comte de Savoie Thomas Ier, dont l'entourage savoyard prend trop d'importance, selon lui, dans les affaires du royaume d'Angleterre.
  • Martin le polonais, moine domicain, vers 1270, dans sa "Chronique des Papes et des Empereurs écrit dans la partie concernant Frédéric II (1194-1250) qu'en  "Bourgogne impériale, cinq mille hommmes furent étouffés par de la terre qui s'était détachée des montagnes [...]"
  • Des frères Prêcheurs, moines dominicains. Dans leurs annales - 1220 à 1253 ils relatent : "Cette année-là, dans les pays de Bourgogne, dans le comté de Savoie, une montagne toute de pierres et élevée vit même ses rochers se séparer et, s'éffondrant, se répandit sur un espace de près d'une lieu ; elle écrasa deux monastères [...]
  • • Gérard de Frachet, moine dominicain, né le 3 mars 1205, dans son ouvrage : Vie des frères de l'ordre des prêcheurs : "[...] en Savoie, une montagne tomba et détruisit bon nombre de village sur un mille et plus, écrasant plus de cinq mille hommes [...]"

Source : Jacques Berlioz : L'effrondrement du Mont-Granier en Savoie, 1248 - Histoire et légendes, 1998

La préservation de la chapelle est considérée comme un miracle. Après la catastrophe, Myans devient un lieu de culte rendu à la Vierge Noire.

 

En 1458, de retour de Palestine, Jacques de Montmayeur, seigneur entre autre des Marches décide de construire une nouvelle église et un couvent. il reçut le 25 Avril 1458 du Pape Calixte III, l’autorisation de construire le couvent et l’église. Il en confie les travaux à quatre moines franciscains de Belley.  Dans les mois qui suivent, le clergé bénit la crypte actuelle (chapelle basse) creusée sur les éboulis devant la petite chapelle primitive. En 1460, Jacques de Montmayeur est disgracié par Louis 1er, Duc de Savoie et les travaux sont interrompus. Ils sont achevés six ans plus tard, par René, fils illégitime du Duc Philippe de Savoie. Une seconde chapelle est rajoutée (dite "église supérieure", réservée aux offices des religieux).

En 1638, les ouvriers achèvent les portes actuelles de l'église. 

 

En 1792, durant la Révolution, les français envahissent la Savoie. Le sanctuaire est saccagé et la statue de la Vierge Noire jetée à terre. La tête de la Vierge et celle de l’enfant Jésus sont cassées à coup de pieds. Pendant la nuit, deux femmes viennent récupérer les morceaux de la statue, les deux têtes et les cachent. En 1803, après la signature du Concordat, les deux femmes ressortent la statue. Elle est réparée et remise en place derrière l’hôtel de l’église basse.

 

17 octobre 1855, lors de la restauration du clocher, une statue en bronze dorée  de la Vierge est érigée au sommet de celui-ci. Elle s'élève depuis, à 130 mètres de hauteur.

17 août 1905, vingt mille pèlerins assistent au couronnement de la Vierge Noire en  présence du cardinal archevêque de Lyon entouré de cinq évêques et de cinq cent prêtres. La Vierge et l’enfant ont été ceints de couronnes de vermeille au nom du Pape Pie X.









Extraits des 300 m² de fresques peintes par Léon Raffin en 1936
Léon Raffin
 

Blog officiel du sanctuaire de Notre de Myans : sanctuaire-myans.dioceses-savoie.org/